De cette silhouette plus ronde que les autres fille de mon age et surtout du désintéressement des autres a mon égard. Et puis ce fut le plongeon dans cette spirale infernale. Et ce reflet qui me poursuivait devenant de plus en plus douloureux... Je savais que j'étais malade , mais en vérité je ne voulais pas guérir . Je voulais mincir. Il y a une forme terrible de jusqu'au-boutisme dans la boulimie-anorexie. Tout consiste à dépasser un point de non-retour après lequel on sera forcée de se faire vomir. Les calories ne comptent plus, la balance elle-même prend un caractère dérisoire, soit on se gave, soit on reste à jeun. Aucun moyen terme possible. La nourriture devient notre pire ennemi. On commence la journée en voulant à tout prix éviter l'affrontement. Dans ce cas-là , il n'est pas question d'avaler ne serait-ce qu'une seule bouchée. Puis la faim nous prend , on se dit " Juste une part de quiche. " Et c'est l'engrenage : on préfère manger jusqu'à l'écoeurement plutôt que de s'avouer qu'on a savouré cette première part . Tout plaisir est interdit, on n'aime pas manger, on n'aime pas la quiche , on aime pas que notre corps nous dise quoi faire, on va lui montrer ce que c'est de vouloir une part de quiche, on en prend une deuxième, une troisième, une quatrième, ah on avait faim ? Et bien, on vas avoir ce qu'on voulait ! Une cinquième, une sixième, une septième, rira bien qui rira le dernier ... Et puis soudain on a mal au ventre, on a mal au c½ur, on a la tête qui tourne, c'est une longue danse douloureuse qui commence . On ne se souviens plus très bien de ce que l'on vient de faire, un vague souvenir d'avoir eu faim puis plus rien. Il faut attendre , voilà ce qu'il faut faire, on a perdu une bataille mais on n'a pas encore perdu la guerre. Il faut être patiente. On se sent serrée de partout. Les gens valsent autour de nous, ils sont si beaux, ils sont si bien ; ils sont si minces ; tous . . . Ils ne voient pas que notre thornytorinx est près d'exploser. Et puis on court se cacher , et il explose. On se sent seule, la danse s'est arrêtée, on peut se laver les mains et repartir. On se déteste.
*Comme un sentiment de mal être insupportable qui nous décent plus bas que terre.*
Je me souviens_
A tous ceux qui ont vécu ça ou qui le vive actuellement.
Je m'en suis sortie.
On en est tous capable.
